Ne rien voir, ne rien vouloir

Il y a un monde, dehors. Il respire encore, tant bien que mal. Les arbres poussent, les oiseaux reviennent chaque printemps, la lumière change d’heure en heure. Et nous, on passe à côté. Pressés, fatigués, les yeux baissés sur nos écrans, sur nos petits soucis, sur ce qui ne dérange pas trop.

On a fini par ne plus regarder. Pas par méchanceté. Juste par habitude. Par fatigue, peut-être. Regarder vraiment, ça fait mal parfois. Alors on détourne les yeux, on se dit que ce n’est pas notre problème, que d’autres s’en occuperont, que de toute façon, tout seul, on ne pèse pas grand-chose.

Mais à force de ne rien voir, on finit par ne plus rien ressentir. Le vivant continue de s’abîmer autour de nous, doucement, silencieusement, pendant qu’on continue notre route, tête baissée, comme si de rien n’était.

Est-ce que ça vaut la peine, cette vie-là ? Cette vie où l’on avance sans lever les yeux, où l’on consomme sans se demander ce qu’on abîme, où l’on parle de tout sans jamais vraiment rien changer ?

Je ne crois pas qu’il faille se punir pour ça. On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. Mais peut-être qu’il suffirait, de temps en temps, de s’arrêter. De vraiment regarder un arbre, un ciel, un visage. De se souvenir qu’on fait partie de tout ça, pas à côté, pas au-dessus. Dedans.

Je n’ai pas de réponse toute faite. Juste cette question qui reste, simple et un peu lourde : sommes-nous encore capables de nous émouvoir, avant qu’il ne soit trop tard pour que ça compte ?